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Le prétexte des divisions religieuses, une arme contre-révolutionnaire vieille comme le monde.

 
 
 

Article de Clément R. (JC Paris - Section Sud)

 

Un prétexte bourgeois pour l’opposition des travailleurs depuis plusieurs siècles

L’histoire contemporaine, y compris l’actualité la plus immédiate, reste marquée par la présence du religieux. On le retrouve à la fois dans les conflits internationaux, de la Palestine à l’Irlande et dans les tensions internes aux Etats. Si les communistes dénoncent depuis plus d’un siècle la manipulation du prétexte religieux pour camoufler l’antagonisme d’autres intérêts, notamment économiques et sociaux, il est toujours bon de se souvenir que la théorie marxiste a su apporter une analyse bien plus profonde du phénomène de l’aliénation religieuse. Cette théorie a été pensée pour servir de guide dans la lutte contre toutes les discriminations et oppressions. Lénine résumait ainsi la situation dans Socialisme et Religion :

« La bourgeoisie réactionnaire a partout eu soin d’attiser les haines religieuses pour attirer de ce côté l’attention des masses et les détourner des problèmes économiques et politiques réellement fondamentaux. (…) Nous lui opposerons dans tous les cas une propagande calme, ferme, patiente, qui se refuse à exciter des désaccords secondaires. »

L’actualité de la situation doit frapper chaque lecteur qui a suivi de près ou de loin les comportements des grands médias français dans le traitement de l’affaire dite du burkini pendant la mobilisation contre la Loi Travail. La bourgeoisie continue d’avoir recours à cette mise en avant de « désaccords secondaires » au sein des classes laborieuses. Il faut y répondre. Y répondre par une analyse du monde, par la « propagande de la solidarité prolétarienne et de la conception scientifique du monde » comme le dit Lénine. Qu’elle est précisément cette conception scientifique et comment les marxistes orientent-ils cette théorie vers une mise en pratique militante ?

 

Ramener ces désaccords secondaires à leur réalité profonde.

 

L’immense intérêt de la théorie marxiste de la religion, est de la ramener à une émanation des conditions d’existence de l’homme.

 

« Les représentations, la pensée, le commerce intellectuel des hommes apparaissent ici encore comme l’émanation directe de leur comportement matériel. Il en va de même de la production intellectuelle telle qu’elle se présente dans la langue de la politique, celle des lois, de la morale, de la religion, de la métaphysique, etc. de tout un peuple. Ce sont les hommes qui sont les producteurs de leurs représentations » Marx & Engels L’Idéologie allemande, Editions Sociales, p.35

 

Marx s’inscrit là dans la droite ligne d’une école théorique interprétant l’invention de Dieu comme la traduction des souffrances et des incompréhensions des hommes, liées à leur piètre condition terrestre. Il faut alors en déduire que la religion est une question secondaire, que ce sont les structures des rapports sociaux et économiques qui déterminent aussi l’évolution des dogmes religieux. Les exemples abondent. Nul ne pourrait remettre en cause l’influence des révolutions scientifiques européennes sur le dogme chrétien. L’observateur attentif du Moyen-Orient note aujourd’hui que le développement du capitalisme et d’une classe bourgeoise dans cette région conduit à un assouplissement des règles religieuse encadrant la finance. Le développement du commerce en  France avait connu le même cheminement : l’Eglise catholique condamne, avec plus ou moins de souplesse, les prêts à intérêts jusqu’à la Révolution ! Partout, les bouleversements des conditions matérielles se répercutent dans l’idéologie religieuse. Evidemment, l’action est réciproque et la prédominance d’un dogme religieux dans l’inconscient collectif d’une société exerce une force d’inertie non négligeable.

 

S’unir sur les vraies questions

 

Nous pouvons donc parvenir à deux conclusions. Premièrement, la radicalisation des mouvements religieux est sous-tendue par une exacerbation des rapports sociaux conflictuels. Les conflits ne sont jamais simplement l’opposition de deux croyances, la religion n’a pas d’histoire propre, pas de développement sans le moteur des antagonismes économiques. Deuxièmement, et c’en est une conséquence évidente, la lutte doit se faire en priorité dans le domaine de la structure économique. La tâche principale est d’œuvrer au rassemblement et à la prise de conscience des travailleurs dans leur ensemble. Les religions étant nées des conditions d’existence de l’homme, elles seront abolies, dans la forme qu’on leur connait aujourd’hui, par l’abolition des conditions actuelles d’exploitation des larges majorités par une minorité. Il est utopique et idéaliste de prétendre que chaque communauté peut lutter contre les discriminations dont elle est victime sans se ranger dans la lutte communes à tous les travailleurs pour l’abolition du système économique qui engendre ces violences permanentes. De même, nul ne peut prétendre défendre une société nouvelle sans s’attaquer aux symptômes les plus immédiatement observables de la violence de l’ancienne. C’est pourquoi, bien qu’athées dans leurs fondements théoriques, les organisations communistes ont su accueillir les croyants, pourvu qu’ils soient prêts à prendre part à la lutte pour un changement de société. C’est pourquoi aussi les organisations communistes se tiennent à distance de tous les groupes mettant en avant des distinctions religieuses ou ethniques et arrivant par-là à restreindre leur action à des revendications ciblées pour une communauté déterminée. Soyons conscients que la défense d’un groupe d’individus opprimés doit, pour être efficace, s’inscrire dans la lutte générale de tous les exploités.

 

Le marxisme, doctrine universel et athée : unir les croyants sans défendre les croyances.

 

La religion est à juste titre considérée comme une aliénation, une illusion que se fait l’homme dans sa perception du monde et qui l’éloigne de ce qu’il est vraiment, le mouvement communiste vise donc à l’abolir. Marx articule d’ailleurs la lutte contre la propriété privée à la lutte contre la religion dans ses Manuscrits de 1844 : « l’athéisme est l’humanisme ramené à lui-même par le moyen terme de la suppression de la religion, le communisme est l’humanisme ramené à lui-même par celui de l’abolition de la propriété privée ». Cependant, cette suppression de l’aliénation religieuse ne peut se faire que par la suppression des conditions qui lui ont donné naissance. Ces conditions sont aujourd’hui idéales, la laïcité, si elle est une avancée à défendre en France et à conquérir ailleurs, ne suffit pas. Au contraire, tout comme la liberté de commerce a libéré les forces du commerce sans supprimer l’exploitation de l’homme lors de la production, la liberté religieuse consiste au final au libre choix de la forme de l’exploitation religieuse, mais certainement pas à la fin de l’aliénation elle-même. Le chemin est donc encore long vers cette société qui aura aboli l’illusion religieuse en même temps que l’exploitation capitaliste. Pourtant l’espoir portée par les marxistes d’une société terrestre habitée par le bonheur universel doit toucher même les croyants, et les intégrer sans distinction dans la lutte, à l’image du Jaurès encore jeune et catholique qui écrivait : « Même si les socialistes éteignent un moment toutes les étoiles du ciel, je veux marcher avec eux dans le chemin sombre qui mène à la justice, étincelle divine, qui suffira à rallumer tous les soleils dans toutes les hauteurs de l’espace ». 

 

 

 

Le prétexte des divisions religieuses, une arme contre-révolutionnaire vieille comme le monde.