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Hommage au groupe Manouchian le 21 Février 2016 - Discours de Henri Conus pour la JC Paris

 
 
 

 

 

Il y a quelques semaines nous avons eu avec mes camarades  de la JC la chance de pouvoir visiter le musée de la Résistance à Champigny en compagnie du fils de Joseph Epstein, dit Colonel Gille. Il était l'un des compagnons de combat de Manouchian qui bien qu'absent des 21 que nous célébrons aujourd'hui n'a pas pu échapper à la barbarie nazie. Il résista à la torture, si bien que jamais la Gestapo n'a pu lui faire dire nom avant de le fusiller.

 De cette visite nous avons gardé le sentiment que parler de la Résistance n'est pas un discours passéiste; contrairement à ce que certains qui désirent se débarrasser de son héritage nous expliquent. Ceux là même osent affirmer, sans honte, tout simplement vouloir détruire le programme du CNR, Les Jours Heureux, gloire et beauté de la France qui se relevait de la guerre. Je parle ici de l'ancien numéro deux du MEDEF, Denis Kessler, anti-syndicaliste primaire, chien de garde du grand capital et soutien récent du projet de loi El-Khomri qui annonce de nouvelles casses du code du travail.

 

 Pour Manouchian , cet étranger devenu fils de France par le sang versé, la lutte avait débuté dans les comités de soutien à la jeune République Espagnole qui subissait déjà les assauts des forces fascistes. Des dizaines de milliers d'étrangers, dont 10 000 Français, s'étaient alors rués dans les Brigades Internationales pour donner leur vie au service de l'Humanité. 

 Je ne vais pas m'attarder sur la vie de Missak Manouchian, sa geste serait trop longue à développer maintenant. Retenons simplement que ce militant communiste fût responsable de l'un des plus importants groupes de la résistance armée à Paris ainsi qu'un fervent  amoureux de la vie. 

 

 Manouchian fût un glorieux représentant de la classe ouvrière en lutte pour la France, la République et la Liberté quand, dans le même temps le grand patronat et les puissances de l'argent collaboraient activement avec l'occupant allemand.

 Les 22 qui tombèrent le 21 février 1943 et Olga Bancic, dit Pierrette, décapité à Stuttgart 15 mois plus tard, faisaient partie des FTP MOI. Les francs tireurs partisans mains d'oeuvre immigrée qui, au sein de l'appareil FTP du PCF, était le groupe le plus actif. Ces résistants étaient des juifs polonais, hongrois, des roumains, des italiens antifascistes, des arméniens et des républicains espagnols venus en France après la Retirada et qui continuaient ici le combat perdu de l'autre côté des Pyrénées. 

 10 visages recouvraient l'Affiche Rouge. Le visage fatigué par la torture et les privations de dix héros qui avaient tous connu l'Armée des Ombres; cette clandestinité qui dura des mois, entrecoupée de coups de mains contre l'occupant allemand. Ces héros étaient les dignes héritiers des combattants de 1793 et de 1871, de l'armée du Rhin et de la Commune, de la Nation et de l'Internationalisme. 

 

 Les FTP ont affronté pendant des mois les troupes de l'occupant et celle de Vichy, milice comme police. Des milliers furent exécutés, torturés, déportés, exterminés dans ces camps, loin à l'est. Dachau, Buchenwald, Struthoff, Mathausen,... Et Auschwitz, dont nous célébrions il y a quelques semaines le 72 ème anniversaire de la libération par l'Armée Rouge, qui déchira alors la nuit et le brouillard. Ces camps, les anciens de la JC les ont connus. La moitié de notre comité central d'avant guerre n'a pas survécu. 

 Un jour vint l'heure du recul nazi à l'ouest et les chars de la Nueve, composée d'anciens brigadistes internationaux,  participaient aux combats dans les rues de Paris au côté de la population dorénavant vouée à l’insurrection.  

 Plus le territoire était débarrassé de l'ennemi, plus les soldats jadis de l'Ombre rejoignirent la 1ère armée française afin de participer au coup mortel contre l'Allemagne. Ce fût le cas de Pierre Georges aussi connu sous le nom de Colonel Fabien qui mourut en Alsace à la fin décembre 1944. 

 

 Il y a maintenant plus de 70 ans que les combats se sont achevés. Dorénavant, certains vous méprisent mes camarades. Ils vous refusent le Panthéon, ils jouent avec le sang du jeune Guy Moquet, ils réhabilitent Vichy et vos bourreaux. Prophétique, Anna Marly, muse de la Résistance, avait achevé sa Complainte du Partisan par «On nous oubliera, nous rentrerons dans l'ombre». Mais non, nous ne vous oublions pas mes camarades. Dans le clair obscur nauséabond de notre époque, nous luttons pour être dignes de vous. Honneur à ceux qui se lèvent pour briser leurs chaines. Honneur aux combattants et aux combattantes kurdes en lutte contre l'obscurantisme de Daesh et contre l'état réactionnaire et nationaliste d'Erdogan.  Nous demandons par ailleurs  le retrait du PKK de la liste des organisations terroristes. Honneur aussi aux syndicalistes criminalisés pour simplement avoir défendu leurs droits. Je pense aux 8 salariés de Goodyear que la justice de classe souhaite condamner à de la prison ferme. À Amiens comme à Air France, se battre pour conserver son emploi est devenu un délit. 

 

 Et puisque comme le chantait Jean Ferrat, le poète a toujours raison, je déclare modestement avec Aragon:

 

 Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

 
 

Hommage au groupe Manouchian le 21 Février 2016 - Discours de Henri Conus pour la JC Paris