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Rencontre avec "Le Refuge"

 
 
 

Compte rendu

Rencontre avec l'association Le refuge

 

Gilles Arrivaux travaille dans un centre de formation d’apprentis qui forme des jeunes notamment dans l’hôtellerie et dans le tourisme (de bac pro à master en hôtellerie). Il est bénévole au Refuge de Paris depuis vingt et un mois. Il a découvert cette association en regardant l’émission Envoyé Spécial du 6 janvier 2011. Ayant reconnu l’un des jeunes qui témoignait, c’est là qu’il s’est intéressé au Refuge avec une inquiétude, celle de savoir comment réagir quand un gamin se retrouvait à la rue.

 

Clio Léonard, déléguée du Refuge à Paris a misé sur l’ancienneté de Gilles Arrivaux dans l’association pour nous faire :

 

  1. Un état des lieux de l’homophobie en France
  2. Connaître l’association
  3. Un compte rendu sur le mouvement du mariage pour tous

 

1) Etat de l’homophobie

 

Rapport de SOS homophobie de 2014 :

 

3517 cas de gens qui se disent victimes d’homophobie en 2013 contre 1977 en 2012, soit une nette augmentation, concentrée sur le premier semestre, au moment de la manifestation pour le mariage pour tous. La « ligne d’urgence » au refuge a explosé à ce moment.

Contextes de l’homophobie :

-réseaux sociaux (51%)

-lieux publics (on n’est pas plus en sécurité dans le marais qu’ailleurs)

-milieux politiques

-famille

-travail

 

Les victimes d’actes homophobes : 51% d’hommes / 21% de femmes / reste inconnu (terme flou). La majorité a entre 35 et 50 ans mais il y a 6% de mineurs. Parmi les actes homophobes on trouve : insultes, rejet/ignorance, menaces/chantage, diffamation, discrimination, harcèlement, agression physique.

 

Statistiques des réseaux sociaux :

-Twitter : 49%

-Sites internet : 18%

-Facebook : 17%

-forums / commentaires, articles de presse : 4%

 

Dans le milieu scolaire, des élèves, étudiants, professeurs, encadrants, font preuve d’homophobie.

Dans le milieu du travail, ce sont des collègues (45%), supérieurs hiérarchiques, clients, fournisseurs, qui font preuve d’homophobie.

Dans la famille et l’entourage, ce sont les parents (72%), les amis (14%), les couples (10% = rupture), la belle famille (4%).

 

Le refuge s’occupe beaucoup du rejet familial des LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi et Trans de France), que cela soit avoué ou supposé.

 

2°) Connaître l’association

Le refuge est né en 2003 à l’initiative de Nicolas Noguiez à Montpellier, suite au score du Front National à la présidentielle, en s’inspirant d’une expérience menée en Grande Bretagne. Elle existe depuis 2008 à Paris. La région Sud est largement représentée. Lille (assez récent), Lyon, Strasbourg (tout nouveau). L’association possède des antennes à Angers, Besançon et Nice et une délégation à la Réunion où il y a beaucoup de travail. Le refuge prend surtout en charge les majeurs. Les mineurs à la charge des parents sont pris en charge par l’ASE (aide sociale à l’enfance). Le refuge peut prendre le relai, mais uniquement sur décision de justice.

 

Dans l’intervalle de 18 à 25 ans, le jeune n’a droit à rien. Ce n’est qu’après qu’il peut prétendre à des revenus. C’est dans cette intervalle qu’il est urgent de lui offrir un toit. L’accueil, en théorie, ne peut dépasser six mois. En pratique, il dure entre trois et huit mois.

Il faut faire la distinction entre délégation (capacité d’accueil à l’année) et antenne (accueil de jour et hébergement en hôtel). En 2013 sur toute la France : 21000 hébergés dont 15000 en appartement et plus de 6000 en hôtel.

 

Le refuge est subventionné à 40%. En plus, des entreprises comme Monoprix, Disney ou Bouygues lui font des dons, en terme fiscal, en tant qu’association à but social, c’est avantageux pour les donateurs.

 

L’agrément éducation nationale permet d’intervenir en milieu scolaire. L’idée est de faire un état des lieux, de demander aux enfants ce qu’est un homosexuel ou un homophobe. Le travail consiste à casser les préjugés pour obtenir un changement dans les consciences. Il permet de sensibiliser ceux qui ont des idées reçues et ceux qui se sentent victimes. Le refuge laisse aussi des documents dans les infirmeries des écoles.

 

Le refuge intervient aussi dans le milieu carcéral, pour venir en aide et parler aux autres codétenus.

 

Le partenariat avec Aides qui intervient au refuge permet de mener des opérations en communs, des dépistages dans une ambiance très joyeuse. Le partenariat avec L’amicale d’uni permet d’aider les sujets à prostitution. Le partenariat avec Flag (LGBT dans les forces de l’ordre et à la gendarmerie) permet aux interventions de se passer au mieux avec les jeunes dans les commissariats. Le partenariat avec l’association Contacts (qui regroupe des parents de jeunes LGBT qui clament haut et fort que tout se passe bien) permet de renouer avec la famille (pas trop vite). Le rejet par la famille, ce n’est pas toujours l’ensemble de la famille. Le plus souvent, c’est le père, qui a autorité, donc qui fait plier les autres à sa décision de rejet. Les contacts existent souvent avec les frères et sœurs, les grands-parents. La rupture se fait donc souvent avec les parents. Pour eux le COMING OUT est brutal, il s’agit souvent de parcourir un chemin intellectuel pour accepter l’enfant. Quand le Refuge conduit ses permanences, des parents rentrent, voient leur fils et lui disent de revenir, mais c’est un fait rarissime.

 

Le partenariat avec Monoprix permet d’obtenir de l’aide alimentaire (des vivres frais). Un appartement est meublé de A à Z par Monoprix qui prodigue un regard bienveillant et une oreille attentive. Le partenariat avec la Banque alimentaire permet de récupérer des boîtes de conserves et autres qui se gardent sur du plus long terme. Un partenariat avec une boulangerie du XIIème arrondissement permet de récupérer les invendus.

 

La délégation de Paris se tient à la mairie du IVème. Le refuge est locataire d’un appartement dans le 2ème, dans le XVIème et à Choisy-le-Roy. Les bureaux sont loués dans La maison des ensembles.

 

Le refuge compte trois salariés, trois services civiques, des stagiaires sur des périodes courtes, des bénévoles sur la délégation de Paris qui doivent être présents. Le webmaster n’est pas obligé d’être présent. Il est au contact des jeunes mais plus en retrait. Comme ils accueillent un public sensible, tous les bénévoles ont une période d’essai. Le refuge reçoit une à deux demandes par jour pour devenir bénévoles. Les jeunes ne sont pas bien s’ils sont trop entourés ou si les visages changent trop.

 

M. Arrivaux s’occupe de la partie « recherche d’emploi ». Pour la protection des jeunes, il ne faut pas divulguer l’adresse des appartements, il faut souvent cacher des jeunes sans-papiers ou victimes de menaces. Il y a 70 hébergés en ce moment en France dont 20 à Paris, c’est peu par rapport au nombre de demandes. Le refuge aide en priorité ceux qui sont le moins armés. Les délégations sont souvent pleines.

 

Le pôle logement, composé de deux ou trois bénévoles constate comment cela se passe dans les appartements, s’assure que tout se passe bien entre les jeunes, que tout est propre et que tout se passe bien avec le voisinage. Les jeunes doivent rester dans les appartements en semaine. Beaucoup de jeunes sont en recherche d’emploi. Ils savent faire un C.V. mais ont besoin d’aide pour la lettre de motivation. Le plus grand besoin d’aide pour eux concerne l’organisation de leur démarche.

 

Le pôle éducation fournit du soutien scolaire à ceux qui sont encore scolarisés.

 

Le pôle financement travaille en retrait, recherche des fonds.

 

Le pôle loisir fait profiter d’activités de loisirs (visite de l’Assemblée Nationale, de Disney, de musées pour s’ouvrir.

 

Le pôle communication intervient sur des salons et des forums, représente et fait parler du refuge.

 

Les ateliers avec des artistes, l’exposition Des hommes et des ailes, permet aux jeunes d’exprimer un talent, d’être reconnu. Olivier Stener est venu faire des ateliers d’écriture. Le livre Les lucioles est sorti. Certains écrivaient déjà des poèmes, ont retrouvé des manuscrits dans des tiroirs.

 

Personnalités :

-Jenifer, une des premières marraines

-Nicolas Sirkis

-Claire Chazal (avec Nicolas Sirkis, ils ont fait Qui veut gagner des millions au bénéfice du refuge)

-Françoise Laborde (club des amis du refuge et Fort Boyard)

 

3) compte-rendu sur le mouvement du mariage pour tous

 

L’homophobie touche toutes les catégories socio-professionnelles, et plus les familles un peu abîmées par la vie. Les familles aisées ont peur du « qu’en dira-t-on ? » et les familles très religieuses n’acceptent pas l’homosexualité de l’un de leurs enfants, toutes religions confondues.

 

Au moment des manifestations pour le mariage pour tous, Le refuge a connu deux actes de violence contre les délégations de Perpignan. Il fallait se protéger pendant cette période. Le Président du refuge s’est fait lui aussi agresser. Le climat était très lourd. Cependant, ça ne s’est pas passé si mal, les médias ont sollicité les jeunes qui pouvaient parler malgré l’ambiance électrique qui attisait l’agressivité et les jalousies. Des psychologues bénévoles ont mené des groupes de paroles dans les appartements.

 

Il y a encore beaucoup de travail pour la cause LGBT. Le pic énorme atteint au moment du débat commence à se stabiliser, mais certaines situations restent dramatiques (menace de mort, prostitution).et à nouveau tisser des liens redevient très lent.