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Formation : Et si on régularisait ?

 
 

le 27 octobre 2013

 
 

Compte-rendu Formation JC Paris

Et si on régularisait ?

Lundi 28 octobre 2013-18 heures

 

Introduction de la soirée (Elie) : la situation présente

 

Khatchik, jeune de nationalité arménienne résident en France avec sa famille dite sans papiers et scolarisé au lycée Camille Jenatzy, est arrêté le 19 septembre, le jour de son anniversaire. Il est immédiatement placé en centre de rétention. Alertée par le Réseau Education sans frontière, la Jeunesse communiste de Paris se mobilise au lycée dès le 7 octobre. La mobilisation RESF-JC-élèves du lycée évite le départ de Khatchik le 10 octobre. Rebelote le 12 où il est remis par surprise sur un vol : là malgré la mobilisation, il part. C’est le premier lycéen scolarisé à Paris expulsé depuis 2006. Arrivé en Arménie, il est d’abord placé en garde à vue puis jugé pour ne pas s’être fait recensé à ses 18 ans comme la loi arménienne l’exige. (Il n’a fait que respecter la loi française qui interdit d’avoir des contacts avec son pays d’origine lors de l’examen de la demande d’asile…). Il est libéré mais placé sous contrôle judiciaire et doit être incorporé à l’armée début novembre.

Le 9 octobre, dans le Doubs, c’est une jeune kosovare qui est sortie du car scolaire et expulsée avec le reste de sa famille.

Les lycéens, d’abord de Paris puis de banlieue et de tout le pays, se lèvent alors pour défendre leurs camarades… Après le début de mobilisation qui s’est faite à toute vitesse, s’agit maintenant d’aller plus loin que ces deux seuls cas (qui ne sont malheureusement pas uniques) et de penser la question des jeunes scolarisés dits sans papiers dans sa globalité.

 

Le problème politique (Aurélian, Marine Malberg et Elie)

 

La question des jeunes scolarisés dits sans papiers est large et ne s’arrête pas uniquement à la question de leur scolarisation. C’est le problème bien plus vaste de notre rapport à l’immigration qui est posé. Rappelons ainsi par exemple les différents rapports qui montrent que les immigrés rapportent plus qu’ils ne coûtent à l’Etat.

La question de l’accès aux soins a également été posée : un jeune scolarisé pour réussir ses études a besoin d’être en bonne santé. De la même manière qu’un travailleur en mauvaise santé est un travailleur qui n’est pas productif, un jeune en mauvaise santé est un jeune qui a plus de risques d’être en échec scolaire. Notons ainsi qu’un des premiers actes forts de la présidence Hollande fut de rétablir l’accès totalement à l’Aide médicale d’Etat pour les étrangers. Une conséquence des dernières polémiques sur les Roms ou les expulsions de jeunes scolarisés : la droite, de concert avec l’extrême-droite, en profite pour réclamer le retour d’un « droit d’entrée » pour bénéficier de l’AME. La santé n’est alors plus gratuite. En plus d’être un danger pour les personnes dites sans papiers, cela pose encore plus un problème de santé publique : la personne infectée ou malade, si elle n’est pas soignée, peut contaminée d’autres personnes…

La question du droit du sol est évidemment aussi à poser : c’est un marqueur important de gauche. Lorsque Balladur tenta de le réduire en 1994, Jospin sitôt arrivé au pouvoir en 1997 l’a rétablit. Valls aujourd’hui courant derrière la droite et l’extrême-droite semble prêt à s’y opposer. Le droit du sol, c’est simplement accepté qu’une personne qui est née en France ait la nationalité française. Sinon, une personne qui a ses 18 ans a passé plus de 5 ans en France peut également demander à devenir française.

Lien avec Lampedusa : on n’émigre jamais par plaisir… Souvent dans des conditions dramatiques, plus de 300 morts début octobre parce qu’on les force à émigrer de manière scandaleuse.

 

Invité : Benjamin Amar, membre de l’exécutif de la CGT Val-de-Marne

 

Le but de son intervention est de faire le lien entre les travailleurs et les élèves dits sans papiers. Dans le lycée où il enseigne, à Créteil, une action départementale importante se prépare à la rentrée sur les lycéens dits sans papiers.

Première remarque : à travers son militantisme, il a vu de nombreux dossiers de jeunes scolarisés dits sans papiers. Mais un dossier comme celui de Léonarda (avec un père pas très fiable), c’est la première fois. Selon lui, les jeunes dits sans papiers sont des jeunes qui rasent les murs. De plus, le mouvement lycéen à l’origine s’est levé pour Khatchik (suffit de voir les pancartes ou les slogans lancés aux manifestations…). Pourtant ce dernier a disparu des médias. Pourquoi ? Benjamin Amar explique que ces dernières semaines sont un véritable désastre politique : les médias ont réellement servi la soupe à l’extrême-droite. Notre travail de militant est de déconstruire ce discours.

Sur la question des travailleurs dits sans papiers, la CGT a pris position. Etant un syndiacat, son terrain d’action est les salariés. La CGT pose la question des travailleurs dits sans-papiers n’ont pas sur l’angle de la charité ou de l’humanisme mais sur l’angle syndical. Il y a des secteurs économiques (le BTP, le nettoyage, la restauration…) qui ne peuvent pas fonctionner sans les dits sans papiers. De plus, les travailleurs migrants ne sont pas des petites bêtes fragiles, ils sont capables de se mobiliser.

Par exemple, grande grève de 2009-2010 a permis que des critères de régularisation communs soient établis. Et a aussi forcé les patrons à sortir du bois. A noter, que depuis le CPE, il y a eu peu de victoires syndicales et celles-ci est parmi les plus fortes. Mais personne ne s’y est intéressé. Pourquoi ?

Peut-être parce que justement ce combat casse le discours du FN : ces travailleurs dits sans-papiers ils sont là pour travailler, ils sont venus à la recherche d’un travail souvent dans des conditions dramatiques. Maintenant qu’ils sont là, ils participent à l’effort productif, ils paient des impôts à la France et donc, comme tous les autres Français, ils doivent avoir des droits ! Sur les 1 000 dossiers que Benjmin Amar a consulté dans le Val-de-Marne, il n’a jamais vu un seul « assisté ».

La lutte pour les travailleurs dits sans papiers est devenue aujourd’hui une lutte officielle de la CGT : lors du 50è Congrès qui s’est tenu l’an passé à Toulouse, de nombreux paragraphes du texte d’orientation parlaient de cette lutte !)

Le débat qui s’en est suivi a surtout porté sur la possibilité d’élargir le mouvement enclenché avec les lycéens. Marine Malberg, du secteur International du Parti communiste, a insisté sur le fait que l’on ne pouvait pas toujours être dans l’urgences en réagissant au cas par cas et que seule une loi pourrait permettre d’éviter que des jeunes continuent à se faire expulser alors qu’ils sont scolarisés en France.

Benjamin Amar est revenu sur la notion d’idéologie telle que l’a défini Gramsci en expliquant que le social-libéralisme avait aujourd’hui imprégné l’idéologie intellectuelle. On est face à une droite décomplexée et une gauche complexée ! Alors que le capital s’internationalise comme jamais, le monde du travail doit maintenant s’internationaliser.

A titre personnel, Benjamin Amar pense que la CGT devrait appeler à se mobiliser à la rentrée mais il ne pense pas que cela se fera.

Quoi qu’il en soit, cette soirée a permis de montrer qu’avec une mobilisation forte sur la question des dits sans papiers on peut obtenir des avancées ! Le lien entre jeunes scolarisés et travailleurs dits sans papiers se fait sans problème : le jeune scolarisé ayant vocation à travailler une fois sa vocation finie.

Le prochain rendez-vous pour exiger le retour de Khatchik, de Léonarda et de sa famille et une loi régularisant tous les jeunes scolarisés en France et les parents des jeunes scolarisés en France est fixé au mardi 5 novembre. La lutte continue !

 

 

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